Sherlock Holmes

18012010

Ah tiens! Ca faisait longtemps qu’on avait pas sacrifié une licence géniale (sur l’autel du dollar américain)! Heureusement Sherlock Holmes est arrivé…

Sherlock Holmes

Bon, le film tient en tout et pour tout à une chose: son rythme frénétique. On supplie inconsciemment, dès les premières minutes du long, que les dialogues fusent encore et encore. On se surprend à dire tout haut: VITE ROBERT! CABOTINE! JE SUIS A DEUX DOIGTS DE ME RENDRE COMPTE QUE LE FILM EST RATE!… Et puis on voit le nom du réal apparaître à la fin du métrage et on comprend tout: Guy Ritchie… L’énigme Sherlock Holmes est résolue. On se souvient alors des indices, comme dans tout bon policier: son apparition au grand journal la semaine précédente – qu’un profond déni avait propulsée hors de la sphère de la conscience. On se souvient des ralentis dans les scènes de combats exactement comme dans snatch, de l’absence quasi total de personnages féminins, de l’absence de profondeur de tous les autres [...] dissimulés derrière une cool attitude périmée et des tics linguistiques insuffisants pour composer des personnages. On se souvient encore de ce rythme de toxicomane qui nous a pris en otage pendant deux heures, des couleurs un peu affreuses toujours très sombres ou très vertes, des plans serrés qui nous empêchent de bien comprendre où se situe l’action, etc…

L’énigme Guy Ritchie, on le regrette profondément, est aussi facilement identifiable: un type pour qui le monde et un chaos insoluble qu’il convient de fuir, un type probablement terrifié par la profondeur de l’être humain, ou trop stupide pour la concevoir. C’est bien dommage car s’il existe un héros profond, c’est bien Sherlock Holmes. Et s’il y a bien un genre littéraire qui ne peut pas se passer d’une précision absolue, où le monde NE DOIT PAS être fondamentalement un monstre insoluble, c’est bien le policier. Pire encore, dans ce genre de récit, l’intelligence de l’enquêteur est intimement liée à l’intelligence de l’auteur, ici du cinéaste. Bon, là, ça pêche beaucoup forcément. Tous les accessoires sublimes de l’enquêteur sont relégués à des accessoires de style. Les indices ne mettent jamais en scène la résolution de l’énigme, c’est la résolution des énigmes qui met en scène, voire même dévoile tous les indices (dans un flot de paroles ininterrompues, sans saveur, sans finesse, sans cinéma). Vous n’aurez jamais la possibilité de penser à des pistes, d’avoir des intuitions, ce genre de choses. Il faut DU TEMPS pour cela, et non du rythme. Les plaisirs d’un policier sont donc inexistants.

Niveau histoire, le film est faible. Il tarde à démarrer et l’enjeu n’est jamais vraiment clair. Comme tous les cinéastes habitués à n’avoir dans leurs films que des personnages méchants ou sans morales (comme Tarantino), l’apparition d’un gentil ou d’une entité gentille (Mélanie Laurent dans Inglorious, Holmes et Watson dans le cas présent) dévoile une naïveté insupportable de la part des réalisateurs. L’obligation de faire naître un système moral aboutie sans surprise à un manichéisme stupide, à un gentil sans zones d’ombre et à la création d’un méchant absolu (Hitler, Hans et les nazis dans Inglorious, un quasi démon dans Sherlock). Moriarty donc, qui n’est pas le vrai méchant du film, mais pour le coup bien celui du Sherlock Holmes qu’on connaît, est relégué aux bords du long métrage, à son tout début et à sa toute fin. Un personnage complexe à jamais inaccessible pour la faible intelligence des types aux commandes. Et comment peut on mesurer Sherlock sans sa némésis? Qu’est Batman sans le Joker?

Passons aux quelques bons points du film. Étrangement, les seuls plans qui valent la peine d’être vus sont ceux dont Guy Ritchie n’a pas l’habitude: des plans d’ensemble classiques qui permettent de situer spatialement et temporellement l’action, ceux là mêmes qui le font sortir de son chaos personnel. Certains sont très réussis. Malheureusement, dans un cinéma qui dans son ensemble, par sa peur de s’inscrire dans le temps et dans l’espace justement, ne peut que situer par défaut que dans l’époque actuelle (Sherlock Holmes a lui même les tics et le cynisme d’un type d’aujourd’hui), ces plans paraissent totalement anachroniques. Les effets spéciaux et la reconstitution historique du Londres du 19ème sont eux aussi réussis. Le personnage de Watson, complètement remanié pour qu’il puisse avoir des dialogues cool avec Holmes, est tout de même un peu plus dessiné que tous les autres. L’affection sous-jacente qu’il entretient avec Holmes est assez juste - puisqu’elle n’éclot jamais réellement, par pudeur (la pudeur étant le sommet émotionnel du film, le seul accessible à Guy Ritchie en réalité). Quel dommage! S’il avait un peu moins peur de prendre son temps, s’il avait eu le courage de se confronter à la grandeur et à la décadence de son personnage principal ainsi qu’aux enjeux du genre policier, peut être que le film aurait pu surprendre. Mais non, c’est un navet de plus pour le réalisateur. Cela dit bonne nouvelle il progresse: lentement mais sûrement, les ingrédients d’un vrai récit apparaissent au niveau de la stratosphère. On ne dirait plus qu’il a 4 ans mais 6. Niveau crayon de couleurs et persos en deux dimensions. Niveau cinéma il reste mort-né en revanche.

faussesvaleurs.bmp

 







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